Histoires adaptatives, le sujet n’est qu’un prétexte

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LE SUJET N'EST QU'UN PRÉTEXTE

 

La peinture imite la nature…

Depuis l’Antiquité et jusqu’au XIXe siècle, on a pu considérer que l’ambition de l’art, et notamment de la peinture, consistait à représenter le plus fidèlement possible la nature. Concept largement développé par Aristote à travers la notion philosophique de mimèsis.

La légende antique de Zeuxis et Parrhasios illustre cette conception de l’art : les deux peintres concourraient pour le meilleur tableau. Zeuxis réalisa des grappes de raisin si bien imitées que lorsqu’il ôta le voile qui recouvrait son œuvre, des oiseaux vinrent le picorer. Pourtant son rival Parrhasios ne fut guère impressionné. Zeuxis lui demanda alors de dévoiler son tableau pour montrer ce qu’il avait fait. Ce à quoi Parrhasios répondit « mais… je l’ai déjà fait ».

Qui est le meilleur ? Celui qui imite si bien la nature qu’il trompe les oiseaux ou celui qui trompe les humains ? Dans tous les cas, la conception classique voulait que le plus talentueux des artistes soit le meilleur « copieur ».

 

…puis se réinvente.

Le XIXe siècle a connu une invention technologique qui aurait pu rendre inutile la peinture car alors la photographie permettait de représenter le réel plus rapidement et plus efficacement que la peinture. Pourtant cette dernière n’a pas disparu à l’époque.

Certains artistes ont choisi de réinventer leur art et de repenser sa fonction. Ainsi, à ses débuts, Claude Monet gagnait sa vie en réalisant des portraits des bourgeois du Havre - respectant ainsi la fonction traditionnelle - puis, dans les années 1890, il choisit de peindre des séries de tableaux. Parmi les plus célèbres, Les Meules. Monet représenta des meules de foin sous différents éclairages et à différentes périodes de l’année. Pourquoi ? Quel est l’intérêt de représenter plusieurs fois le même sujet ?

Il faut comprendre que le sujet n’était qu’un prétexte car l’objectif du peintre était d’attirer l’attention non pas sur la meule mais sur les variations de lumière. Personne ne prête attention à la lumière, puisqu’elle est évidente et omniprésente, et il aurait été ardu de la représenter.

 

Via Fabula réinvente la littérature grâce aux histoires adaptatives.

Étant un passionné de peinture, j’ai rapidement effectué un parallèle entre la démarche de Via Fabula et celle de Claude Monet : en produisant des histoires qui s’adaptent au contexte de lecture (l’heure, la météo…), la maison d’édition ne propose pas seulement une histoire. Elle propose également d’attirer l’attention des lecteurs sur les variations.

Pour donner naissance à Guislain, j’ai dû prévoir une centaine de versions différentes en changeant parfois des détails infimes. Grâce aux retours, je sais que seulement un lecteur sur trois mille a trouvé la scène « piège de cristal » dans laquelle Guislain, songeant à Bruce Willis, court pieds nus dans la neige pour intercepter le loup-garou.

 

L’art se nourrit des inventions technologiques

Alors que certains s’inquiètent de voir les écrivains remplacés par des ordinateurs ou des algorithmes, Via Fabula montre le rôle essentiel de l’humain dans la création artistique puisque face aux mutations technologiques, la littérature peut se réinventer pour proposer de nouvelles expériences de lecture.

 

 

 

Par Laurent Pendarias, auteur de l’histoire adaptative Guislain, Aventurier intérimaire.